Éléments de folklore aïnou

ainuLes Aïnous forment une peuplade aborigène vivant principalement au nord du Japon. Comme tant d’autres minorités ethniques, leur culture fut grandement menacée par l’assimilation forcée que les Japonais leur imposèrent. Cela confère une grande valeur aux éléments du folklore aïnou recueillis à la fin du XIXe siècle par Basil Hall Chamberlain. De son livre intitulé Aino Folk-Tales (1888), je n’ai traduit que la dernière partie rassemblant divers contes et légendes de ce peuple relativement méconnu.

Le Bon Vieux Temps

Dans l’ancien temps, les rivières étaient très pratiques. L’eau coulait vers l’amont et vers l’aval, on pouvait de sorte aller dans les deux sens sans le moindre problème. C’était l’époque de la magie. Les hommes pouvaient alors voler une dizaine de kilomètres et se poser sur les arbres tels des oiseaux lorsqu’ils allaient chasser. Maintenant, le monde est décrépit, toutes les bonnes choses s’en sont allées. A l’époque, les gens maîtrisaient les incendies et s’ils plantaient quelque chose le matin, cela avait poussé en milieu de journée. D’un autre côté, ceux qui mangeaient ce grain si vite produit se transformaient en chevaux.

(Retranscrit de mémoire, conté par Ishanashte en novembre 1886)

Le Vieil Homme de la Mer

Le Vieil Homme de la Mer (Atui koro ekashi) est un monstre capable d’engloutir les navires et les baleines. Sa forme ressemble à celle d’un sac, et lorsqu’il aspire avec sa bouche, cela créé un courant terriblement rapide. Une fois, un bateau échappa à ce monstre grâce à un des deux marins qui se trouvaient à bord. Celui-ci jeta son pagne dans la bouche du monstre, ce qui était un morceau bien trop dégouttant, même pour ce dernier. Le monstre laissa donc le bateau s’en aller.

(Retranscrit de mémoire, conté par Ishanashte en juillet 1886)

Le Coucou

Le coucou mâle s’appelle kakkok, la femelle tutut. Tous deux sont de beaux oiseaux et vivent dans le ciel. Mais au printemps, ils descendent sur terre pour construire leurs magnifiques nids blancs en forme de bouteille. Heureux l’homme qui obtient un de ces nids en ne laissant personne d’autre le voir, il deviendra riche et prospère. Néanmoins, il est de mauvais augure qu’un coucou se pose sur le rebord de la fenêtre et regarde dans la maison, car la maladie s’y abattra. S’il se pose sur le toit, c’est que la maison va brûler.

(Retranscrit de mémoire, conté par Penri le 16 juillet 1886)

Le Hibou (grand-duc)

Il y a six hiboux qui sont frères. L’aîné est à peine plus grand qu’un moineau. Lorsqu’il se perche dans un arbre, il penche vers l’arrière, c’est pourquoi on l’appelle « Tombe à la renverse ». Le plus jeune des six est très corpulent. C’est un oiseau qui porte chance. Si quelqu’un passe sous cet oiseau et que le bruit de la pluie se fait entendre, c’est une très bonne chose car il va devenir riche. C’est pour ça qu’on appelle le plus jeune « Monsieur Hibou ».

[La pluie dont il est question ici est sensée être de l’or tombant des yeux du hibou]
(Retranscrit littéralement, conté par Penri le 16 juillet 1886)

Le Paon Céleste

Il y a un paon dans les cieux sans nuages, et les aigles sont ses serviteurs. Il vit dans le ciel et ne descend sur terre que pour donner naissance à ses petits. Quand l’un d’eux naît, ils retournent ensemble au ciel.

(Retranscrit de mémoire, conté par Penri en juillet 1886 et par Ishanashte en novembre 1886)

Les Arbres changés en Ours

Les branches ou les racines pourries des arbres se changent parfois en ours. De tels ours sont appelés payep kamui, c’est-à-dire « divines créatures qui marchent », et ne doivent pas être tués par la main des hommes. Ils étaient autrefois plus nombreux qu’aujourd’hui mais on peut encore en voir parfois .

(Retranscrit de mémoire, conté par Penri en juillet 1886)

Coït

Les Aïnous croient qu’il est de très mauvais augure qu’une femme bouge, même très légèrement, au moment du coït. Si elle le fait, elle apporte le désastre sur son mari qui est sûr de devenir pauvre. C’est pour cette raison que la femme reste totalement immobile, seul l’homme se déplace.

(Retranscrit de mémoire, conté par Penri en juillet 1886)

Naissance et Baptême

Avant la naissance, les vêtements sont préparés pour le futur bébé qui est lavé dès sa naissance.
Les symboles divins sont disposés et des offrandes sont faites aux dieux. A cette occasion, seules les femmes sont présentes. Dans chaque village, il y en a généralement une ou deux, assez âgées, qui officient comme sages-femmes.

L’enfant peut être nommé n’importe quand. Ishanashte dit que c’est souvent deux ou trois mois, Penri dit deux ou trois ans, après la naissance. Le nom choisi se base généralement sur des circonstances liées à l’enfant mais peut  parfois être dénué de sens. Le nom du parent n’est jamais donné car cela est néfaste. En effet, comment un enfant pourrait-il encore être appelé par ce nom si son père meurt et ne peut donc être mentionné sans larmes ?

(Retranscrit de mémoire, conté par Penri et Ishanashte en juillet 1886)

La Prééminence du Chêne, du Pin et de l’Armoise.

Au commencement du monde, la terre était très chaude, si chaude que les créatures appelées hommes en eurent même des brûlures aux pieds ! Par conséquence, aucun arbre ni aucune herbe ne pouvait pousser, si ce n’est l’armoise, le chêne et le pin. Il s’agit donc des plus anciennes plantes au monde. C’est pourquoi le chêne et le pin sont des arbres sacrés, auquel les hommes vouent un culte. Parmi les herbes, l’armoise est véritablement la première.

Écoutez bien ça vous aussi, les jeunes !

(Retranscrit littéralement, conté par Penri le 19 juillet 1886)

Le Cerf aux Bois d’Or (morceau de l’histoire Aïnou)

Mon tout premier ancêtre possédait un cerf. Il avait pour habitude de suspendre à ses bois les symboles sacrés. Le cerf allait ensuite dans les montagnes et redescendait avec plein d’autres cerfs. Quand ils arrivaient vers sa maison, mon ancêtre abattait les cerfs que le sien avait ramené, ce qui l’enrichissait beaucoup. Ce cerf était gardé dans un village nommé Setarukot.

Il y eut un festival dans un village voisin. L’homme qui gardait l’animal y alla avec toute sa troupe, seule sa femme resta avec le cerf. C’est alors qu’un homme très malheureux du village de Shipichara qui s’appelait Tun-uwo-ush, c’est-à-dire « grand comme deux hommes », vint pour voler la bête. Dans la maison, il ne trouva que le cerf et la femme et vola les deux avant de s’enfuir. L’homme qui gardait le cerf en fut fou de rage et le poursuivit. Il avait deux frères, et tout trois partirent ensemble pour l’affronter. Tun-uwo-ush demanda à tous ses voisins de lui venir en l’aide et rassembla beaucoup d’hommes, jusqu’à ce que les trois frères arrivent. L’aîné des trois tua trois homme avant d’être abattu, le second en tua quatre avant de succomber. Voyant comment les choses tournaient, le plus jeune se dit qu’il était inutile de continuer à se battre seul. Il prit donc la fuite et rentra chez lui. Une fois au village, il demande à tous ses voisins de lui venir en aide. Il appela même les Aïnous qui vivaient en territoire japonais. Il reparti avec beaucoup d’hommes pour aller combattre Tun-uwo-ush et, durant la guerre, le tua ainsi que tous ses partisans. Puis il récupéra le cerf et la femme. Ce fut la dernière guerre des Aïnous.

(Retranscrit littéralement, conté par Ishanashte le 8 novembre 1886)

Rêves

Rêver d’alcool de riz, d’une rivière, de baignade ou de n’importe quoi lié aux liquides amène la pluie. Hier soir par exemple, j’ai rêvé que je buvais de l’alcool de riz et, par conséquence, il pleut aujourd’hui.

Rêver de manger de la viande engendre la maladie, tout comme rêver de manger du sucre ou n’importe quel autre aliment de couleur rouge.

Rêver de tuer ou de terrasser un homme est un bon présage, rêve d’être tué ou terrassé est un mauvais présage.

Rêver qu’une charge lourde portée par quelqu’un s’allège est un bon présage, le contraire annonce la maladie.

Rêver d’une longue corde qui ne casse pas et qui ne forme aucun nœud lorsqu’on l’enroule est un bon présage et annonce la victoire.

Rêver de voler comme un oiseau et de se percher sur un arbre annonce la pluie et le mauvais temps.

Lorsqu’un homme s’apprête à aller chasser, c’est un très bon présage s’il rêve de rencontrer un dieu dans la montagne à qui il offre des cadeaux et se fait obéir. Après un tel rêve, il est certain de tuer un ours.

Rêver d’être poursuivit avec une arme pointue est un mauvais présage.

Rêver que quelqu’un est blessé et saigne abondamment est un bon présage pour la chasse.

Rêver du soleil et de la lune est probablement un mauvais présage, surtout si la lune est décroissante, mais ce n’est pas le cas s’il s’agit de la nouvelle lune.

Rêver d’un pont qui s’effondre est un mauvais présage, mais rêver d’en traverser un tranquillement est un bon présage.

Pour un mari, rêver de sa femme tout sourire, bien habillée et venant dormir près de lui est un mauvais présage.

(Retranscrit de mémoire, conté par Ishanashte en novembre 1886)

 

Traduction : Merle Bardenoir

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