Lord Dunsany – Le Sphinx à Gizeh

proxy.duckduckgo.comComme d’autres auteurs traduits en ces pages – Arthur Machen, Algernon Blackwood – Lord Dunsany évolua dans les proches parages de la Golden Dawn, société magique londonienne de la période fin-de-siècle. « Le Sphinx à Gizeh » fut publié en 1915 dans le recueil Fifty-One Tales mais figure également dans le deuxième numéro de la revue The Equinox, Volume I.


Le Sphinx à Gizeh

 

L’autre jour, j’ai vu le visage peint du Sphinx.

Elle s’était maquillée afin de séduire le Temps.

Et il n’a épargné aucun visage fardé au monde, sauf le sien.

Dalila était plus jeune qu’elle, mais Dalila n’est plus que poussière.

Le Temps n’a jamais rien aimé, hormis ce visage sans attrait.

Peu m’importe sa laideur ou son visage grimé, du moment qu’elle capture le secret du Temps.

Le Temps folâtre à ses pieds comme un imbécile alors qu’il devrait frapper les cités.

Le Temps ne saurait se lasser de son sourire idiot.

Il y a des temples tout autour d’elle qu’il a oublié d’altérer.

J’ai vu un vieil homme passer par là et le temps ne l’a même pas touché.

Le Temps qui a emporté les sept portes de Thèbes !

Elle a essayé de le ligoter avec des cordes de sable éternel, espérant pouvoir l’opprimer à l’aide des Pyramides.

Il est étendu ici, au soleil, déployant sa chevelure ébouriffée entres les pattes du Sphinx.

Si jamais elle parvenait à percer son secret, nous lui crèverions les yeux pour qu’il ne puisse plus trouver nos trésors. Il y a de belles portes à Florence et je crains qu’il ne les emporte.

Nous avons tenté de l’enchaîner avec des chants et d’anciennes coutumes, mais ça ne l’a retenu qu’un instant. Il nous a toujours battu en se moquant bien de nous.

S’il devenait aveugle, il danserait pour nous et ferait de l’exercice.

Ce grand maladroit de Temps danserait et trébucherait, lui qui aime tuer les petits enfants ne pourrait même plus blesser une marguerite.

Alors, nos enfants riraient de celui qui a vaincu les taureaux ailés de Babylone et abattu bon nombre d’elfes et des fées, une fois dépouillé des ses heures et des ses années.

Nous l’enfermerions dans la Pyramide de Khéops, dans la grande chambre où se trouve le sarcophage. Ainsi, nous le congédierions de nos festivités. Il ferait mûrir notre maïs et s’occuperait des tâches subalternes.

Nous embrasseront ton visage peint, Ô Sphinx, si tu nous livres le Temps.

Et pourtant je crains qu’il ne puisse, dans un dernier sursaut d’angoisse, s’emparer à l’aveuglette du monde et de la lune, entraînant dans sa chute la Maison des Hommes.

 

Traduction : Merle Bardenoir

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