« Boitin », conte traditionnel de Bourgogne

Comme l’autre conte bourguignon déjà partagé en ces pages, celui-ci vient d’une de mes arrière-grands-mères paternelles, Thérèse Barontini, qui se glisse d’ailleurs discrètement dans l’histoire. Le récit se déroule près d’un petit village aux alentours de Chablis, dans la campagne de l’Yonne.


Boitin

Il était une fois un petit garçon qui s’appelait Boitin. Il vivait dans une petite cabane, au pied du « bois de la coûte », près d’un village qui s’appelait Fleys. Comme il n’avait pas grand-chose à faire, et n’aimait pas trop l’école, il passait le plus clair de son temps à grimper dans les figuiers. Il mangeait les figues et jetait les noyaux.

Un jour, le loup vint à passer, qui convoitait depuis longtemps de mettre Boitin au menu de son déjeuner ! Le loup s’approcha et dit :

– Bonjour Boitin !

– Bonjour le loup !

– Qu’est ce que tu fais ?

– Tu le vois bien, je mange des figues !

– Tu ne voudrais pas m’en donner une ?

– Si tu veux !

Boitin cueille une figue et la laisse tomber en direction du loup. Alors, le loup dit : « Je ne vais pas manger celle-là, elle est tombée dans la crotte ! Donne m’en une autre mais sans la lancer d’aussi loin ! » Boitin alors cueille une autre figue et la tend au loup. Mais le loup attrape sa main et le tire si fort qu’il tombe de l’arbre. Il le fourre aussitôt dans un grand sac qu’il avait préparé, le met sur son dos et, avec son lourd fardeau, prend le chemin de sa tanière.

Comme le chemin était bien long, au bout d’un moment, le loup éprouve le besoin de faire une halte pour faire ses besoins naturels et pose son sac à terre, ce qui donne une idée à Boitin qui était un gamin rusé ! Du fond de son sac, il dit au loup :

– Va plus loin, tu sens trop mauvais !

Alors le loup, de bonne grâce, s’éloigne de quelques pas.

– Va plus loin encore, ça sent très mauvais !

Le loup s’éloigne encore un peu plus.

– Plus loin, tu sens trop mauvais !

Le loup est maintenant hors de vue. Boitin sort alors son petit canif qu’il gardait toujours dans sa poche, coupe la ficelle, bondit hors du sac et se sauve bien vite sans demander son reste.

Boitin et le loup

Quelques mois après, cette histoire oubliée, on retrouve Boitin perché dans ses figuiers à manger des figues. Il mange les figues et jette les noyaux. Sur ces entrefaites arrive le loup, tout penaud.

– Bonjour Boitin !

– Tiens, bonjour, dit Boitin d’un air mi-figue mi-raisin.

– Dis donc, tu ne m’en veux pas au moins pour l’autre jour ? C’était pour faire un blague, tu sais.

– Une blague… Tu voulais me faire cuire et me manger oui !

– Mais non, je t’assure, juste une blague pour te faire peur. Allez, soyons amis, donne moi une figue et sellons notre nouvelle entente.

– Je te connais toi et tes tours, tu vas encore essayer de m’attraper, hein ?

– Mais non, tu es bête ! Allez, donne moi seulement une figue et je m’en vais.

Alors, un peu de mauvaise grâce, Boitin cueille une nouvelle figue et la tend au loup qui encore une fois en profite pour agripper Boitin par la manche. Boitin est aussitôt serré dans un sac solidement ficelé, et une fois le sac à l’épaule, le loup prend prestement la direction de sa tanière… mais sans s’arrêter cette fois.

Quand le loup arrive chez lui, il n’est pas peu fier d’annoncer à sa femme : « Aujourd’hui, c’est un jour de festin ! J’ai enfin réussi à attraper ce petit Boitin que je convoitais depuis si longtemps. Il doit être bien tendre, tu vas me le cuisiner aux petits oignons, je compte sur toi ! Pendant ce temps, moi je vais annoncer la bonne nouvelle aux copains, et boire un canon pour me mettre en appétit. Je serai de retour dans deux heures, tâche que le plat soit prêt ! »

Dès le départ du loup, la louve met la grande marmite sur le feu de la cheminée, prépare un bon court-bouillon, puis fait sortit Boitin de son sac.

– Te voilà arrivé mon garçon, maintenant va te déshabiller, monte sur cette chaise et saute dans cette marmite bouillante afin que je te fasse cuire !

Boitin, qui avait déjà échafaudé un plan, répond alors :

– Mais moi, je ne sais pas me déshabiller seul, il faut me montrer !

– Quel empoté ce Boitin ! Voilà commet il faut faire ! dit la louve en ôtant un à un ses vêtements pendant que Boitin en fait autant. Bon, eh bien maintenant tu n’as plus qu’à monter sur cette chaise et hop ! dans la marmite !

– Mais je ne sais pas monter sur une chaise, comment fait-on ?

La louve excédée monte alors elle-même sur la chaise pour montrer l’exemple mais Boitin, qui était resté près d’elle, lui donne une grande poussée et la louve disparaît dans l’eau bouillant avec un grand PLOUF ! Boitin se hâte alors de remettre le couvercle sur la marmite et sort de la maison, puis grimpe par la gouttière pour arriver sur le toit où il s’installe en attendant le retour du loup.

~

Quand le loup arrive chez lui, de fort belle humeur, il ne s’étonne pas trop de trouver la maison vide. « Encore partie discuter le coup avec la mère Barontini, ça ne m’étonne pas ! Eh bien, tant pis pour elle. Ça sent très bon et j’ai grand faim, je commencerai tout seul… »

Il se sert une bonne portion de viande avec de la sauce et commence à manger. Un délice ! Soudain, il entend une petite voix venue d’on ne sait où dire :

« Mange, mange, tu manges du tienne ! »

Le loup, étonné, se demande ce qu’il se passe. Puis encore un instant après :

« Mange, mange, tu manges du tienne ! »

« Mange, mange, tu manges du tienne ! »

Alors le loup reconnaît la voix de Boitin.

– C’est toi, Boitin ?

– Oui, c’est bien moi !

– Mais où es-tu donc ?

– Je suis là-haut, sur le toit !

– Mais… Si tu es là-haut… Qu’est ce que je mange alors ?

– Tu manges ta femme !

Alors le loup se met à se lamenter sur sa femme, qu’il aimait beaucoup. Puis aussitôt après, se met dans une terrible colère :

– Tu vas voir ce qui va t’arriver, maudit gamin, tu vas me payer ça très cher ! D’abord dis moi un peu comment tu as fait pour grimper là-haut, que j’aille un peu te chercher !

– C’est bien simple, il y avait un grand feu dans la cheminée, alors j’ai rajouté encore du bois et quand les flammes ont été bien hautes, j’ai sauté dessus et elles m’ont fait monter jusque sur le toit !

– Attends un peu !

Et le loup rajoute dans la cheminée tout ce qui pouvait brûler dans la maison, jusqu’à obtenir un feu d’enfer. Alors, croyant être sur le point de savourer sa vengeance, il se jette dans les flammes, et c’est ainsi qu’il a fini : grillé comme un boudin !

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